Un peu d’histoire féminine

Marie-Anne Gaboury a été la première femme francophone à débarquer au Fort des Prairies (maintenant Edmonton) en 1807. Depuis, des milliers de femmes, tout autant courageuses, ont suivi leur conjoint ou leur mission pour peupler le territoire albertain. Jusqu’aux années 1950, la grande majorité de ces personnes se sont installées dans les campagnes choisies par les prêtres colonisateurs afin de créer des paroisses francophones.

Tout au long de l’histoire de la francophonie albertaine, nous retrouvons des regroupements de femmes consacrés à des œuvres d’apostolat et de charité. Des regroupements tels les Dames de Sainte-Anne et le Mouvement des femmes chrétiennes se forment dans presque toutes les paroisses. Dans la petite ville d’Edmonton, les jeunes femmes se retrouvent au Cercle des bonnes amies. Là encore, elles se regroupent pour contrer l’isolement, pour socialiser, pour encourager les arts et surtout, pour servir leur paroisse. Le leadership de ces groupes relève le plus souvent des «sages», c’est-à-dire des plus âgées. Elles transmettent les valeurs fondamentales de la communauté franco-albertaine : «qui perd la foi ‘catholique’, perd sa langue» et «ensemble nous vaincrons».

Ces expressions demeurèrent les mots d’ordre de la francophonie albertaine jusqu’en 1980. Minoritaires dans une province très peu sympathique à leurs revendications, les Franco-Albertains et Albertaines ont dû se retrancher sur eux-mêmes et se serrer les coudes afin de survivre. Dans ce contexte, la femme franco-albertaine s’est fait un devoir de placer le bien-être collectif avant son bien-être personnel. Il n’est donc pas surprenant de la retrouver dans tous les comités de lutte pour les écoles françaises, pour les services en français ainsi que dans les centres culturels communautaires. La priorité c’est, avant tout, le maintien de la LANGUE.

Les années 1970 ont apporté une prospérité soudaine à la province de l’Alberta grâce à l’exploitation d’énormes gisements de pétrole. Les femmes francophones venues de l’Est pour suivre leur conjoint avaient besoin d’une grande capacité d’adaptation pour faire face à ce nouvel environnement où la mentalité et la langue sont différentes. Après une certaine période d’intégration, ces femmes ont cherché à se regrouper afin de se donner les réseaux et les services qu’elles ont connus dans l’est du pays.

En Alberta, plusieurs facteurs ont contribué à l’émergence d’une préoccupation féministe au sein des regroupements de femmes francophones : le féminisme au Québec et en Acadie et son « importation » dans l’Ouest par les nouvelles arrivantes; l’impact des regroupements féministes anglophones; l’appui communautaire et le financement fournis par le programme de promotion de la femme du Secrétariat d’État (nom de l’époque); l’adhésion et le militantisme au sein d’organismes nationaux de femmes francophones tels que la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises (aujourd’hui connue sous le nom de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne); enfin, l’offre avtive d’une programmation destinée aux femmes à l’éducation permanente de la Faculté St-Jean.